Témoignage du Père Gaël Sachet
Les jeunes, je les rencontre essentiellement dans trois lieux différents :
- A la paroisse, dans les activités proposées par la paroisse et à travers la vie d’un mouvement, comme les scouts à Vitré ou encore les équipes d’aumônerie ou de MEJ. De ce fait, il y a donc sur la paroisse un bon noyau de jeunes qui fréquentent régulièrement l’église ou les salles de la maison paroissiale.
- Dans le cadre du MEJ, comme aumônier diocésain, à l’occasion des rassemblements et des camps.
- Dans les établissements d’enseignement catholique.
Ce qui me procure de la joie, auprès des jeunes, c’est de savoir qu’ils sont là. Un jeune qui a accepté de participer à une activité liée à l’Eglise, je trouve que c’est extraordinaire, parce qu’il pourrait être ailleurs. Et pourtant non, il est là, parce qu’il prépare sa confirmation, parce qu’il a envie d’approfondir sa foi. Même en petit nombre, des jeunes acceptent de se mettre à la suite du Christ et je trouve ça formidable. Et les jeunes s’attirent entre eux ! Nous, on propose des choses. Il y en a quelques-uns qui répondent, et s’ils ont trouvé la rencontre intéressante, alors ils invitent leurs copains-copines pour la fois d’après ! Ils aiment à se retrouver entre eux dans des lieux propices à la rencontre et à la discussion. Il y a les cafés, mais il y a aussi les maisons paroissiales ! C’est un nouveau concept !
Ce que je ressens, à leur contact, c’est leur soif de vérité et leur désir d’authenticité. Bien sûr, c’est parfois difficile de les cerner : entre celui ou celle qui n’ouvre jamais la bouche, ou si peu, pour dire qu’il est d’accord avec ce que les autres pensent ; entre celui qui rigole tout le temps ; entre celui qui est dans la provocation quasi-permanente, ou telle autre qui parle sans arrêt.
Ce dont ils ont besoin, ce sont des lieux d’écoute, de parole et de confiance. Là où il y a un adulte, ou une équipe d’adultes prêts à les écouter, là il y a des jeunes. Ce qui manque, ce ne sont pas les jeunes, ce sont les accompagnateurs de jeunes ! Peut-être parce qu’on a peur, qu’on n’ose pas, qu’on se sent trop en décalage. Et pourtant, ce n’est pas une question d’âge. Si on a réellement le désir d’entrer en contact avec des jeunes, d’une manière ou d’une autre, ils le sentent bien, peu importe l’âge de la personne. Entre prendre un peu de temps pour écouter un jeune, ou dormir sous la tente trois semaines en pleine nature, pour un camp d’été, c’est à chacun de juger là où il se sentira le plus à l’aise ! Il y a pleins de manières de se mettre au service des jeunes…
Et ce que je trouve beau, c’est de constater que quand ils se sentent à l’aise avec l’un ou l’autre adulte, alors ils ouvrent leur cœur pour dire leur foi, pour dire leurs doutes, leurs agacements ou leurs colères. S’il n’y a personne, ça reste enfoui, et c’est très embêtant.
Depuis que je suis arrivé à Vitré, je suis passé dans toutes les classes de 1ère et de Terminale du lycée Jeanne d’Arc, qui est à la fois un lycée d’enseignement général, technologique et professionnel, et je suis passé aussi dans toutes les classes d’un autre établissement qui s’appelle l’IPSSA, à Vitré. J’ai donc rencontré, classe après classe, environ 700 élèves. Je vous rassure : il n’y a pas 700 jeunes le dimanche à la messe à Vitré ! D’ailleurs, le but n’était pas là, mais d’abord d’aller à leur rencontre, là où ils passent une bonne partie de leur vie actuelle, pour qu’ils me disent ce qu’ils ont sur le cœur par rapport à la foi, par rapport à leurs croyances à eux, et que je leur parle aussi de ce qui me fait vivre. A part quelques exceptions, figurez-vous que ça a plutôt bien accroché. Et que les élèves m’ont étonné par leur sens de l’écoute, y compris en début d’après-midi au moment de la digestion. A part quelques-uns, la grande majorité avait l’attention captée par le fait qu’il y avait quelqu’un d’original en face d’eux. Et cette originalité, ce n’est pas le propre du jeune prêtre. C’est le propre du chrétien. D’être vrai et de vouloir, tant bien que mal, ressembler au Christ. « Voilà ce que je crois, voilà en qui je crois, voilà ce qui donne sens à ma vie ». Et je leur ai dit aussi : « Je n’impose pas mon point de vue, mais ce que je peux vous dire, le fait de parler de Dieu, c’est bien que vous l’entendiez au moins une fois dans votre année, puisque vous êtes dans un établissement d’enseignement catholique ».
Et chose étonnante, il est assez fréquent que je rencontre l’un ou l’autre jeune dans la rue, et plusieurs n’hésitent pas à venir me saluer : « Bonjour Père Gaël ». Cela, ils ne le font pas devant les autres dans la cour du lycée, ou alors rarement, mais ils le font dans la rue, là où c’est plus anonyme. Et je pense à ce jeune, en particulier, qui s’est arrêté pour me parler, la semaine dernière. Il voulait me dire « merci » parce qu’à la suite de mon passage dans sa classe, il avait été éclairé par rapport à une question personnelle qu’il portait en lui. Et il voulait me le dire. Ça fait au chaud au cœur. Et je me suis dit que ne serait-ce que pour un, ça valait le coup d’y aller.
A la caisse du Supermarché, il y a un mois et demi, j’avais dans mes courses, entre autres, une bouteille de vin, et j’entends une voix derrière moi : « regarde, le curé, il picole »… je me retourne et je vois deux jeunes que j’avais rencontrés dans la semaine. Et la bouteille de vin a été l’occasion de parler de l’alcool, surtout que eux, ils n’avaient pas que du vin !
Ce que je veux dire par là, c’est que les jeunes, ils sont là, ils circulent dans nos vies, à défaut de fréquenter le banc de nos églises, et que nous devons être, comme personnes, comme communautés, des signes vivants. Ils savent qu’en nous voyant, qu’en nous rencontrant, ils pourront discuter, et qu’ils se sauront accueillis. Et ça, ce n’est pas le monopole du jeune prêtre, même si ça peut aider, puisque ça fait partie de ma mission.
Ce qui m’étonne aussi, ce sont ces jeunes qui font la démarche volontaire de demander le baptême. Un jeune de 17 ans, actuellement, se prépare à Vitré. Début mars, j’ai rencontré un garçon de 15 ans, et une lycéenne de 17 ans. Ils demandent eux aussi le baptême. Et en réclamant le baptême, leur demande est claire : nous voulons connaître Jésus. Nous voulons approfondir les valeurs de l’Evangile, dont on essaie de vivre, mais sans connaître l’Evangile. On veut aller boire à la source !
Cette source, c’est le Christ, et à travers notre Eglise, s’ils se sentent accueillis et aimés, alors ils iront loin, très loin. Quand il y a une messe animée par les jeunes, ce n’est pas une messe pour les jeunes. C’est une messe pour tous. Alors, il faut être là. Il ne faut pas fuir. Il faut même les encourager, et aller les voir à la sortie de la messe pour leur dire que c’était bien, même si le rythme des chants n’est pas tout à fait celui de notre répertoire habituel.
Les jeunes aiment la fête, ils aiment se rassembler, ils aiment être avec d’autres, et en particulier à la messe. C’est donc en leur laissant une place qu’ils auront le goût de l’Eucharistie, le goût de la communauté.
Ils aiment quand il y a du bruit, mais ils aiment aussi le silence, parce qu’ils en ont besoin.
Et ce qui m’étonne le plus, au MEJ, en particulier, c’est de voir comment on est capable de passer d’un grand moment d’euphorie à un silence priant, en quelques secondes seulement. Ce n’est pas une blague. C’est réel. On l’a vécu pendant le camp ski du MEJ, avec 40 jeunes. On l’a vécu à 1500 au rassemblement national de Quimper, après Noël. Et avec les jeunes du monde entier, c’est certainement ce qu’on va vivre aussi pendant les JMJ de Madrid.
Alors, pour conclure, je dirai que les jeunes ont besoin de se savoir et de se sentir écoutés, entendus et aimés. Ils n’aiment pas les grandes théories, les idées toutes faites. Mais ils ont soif de connaître. Ils ont soif de vérité. Ils ont ce désir que la Parole de Dieu leur soit rendue accessible. Ils sentent – c’est comme instinctif – si on les aime ou pas, si on est proche d’eux ou si on les prend de haut. Je sais aussi, et je l’apprends jour après jour, qu’il faut de la délicatesse avec eux. Attention à ne pas les heurter de face. Ils sont susceptibles. Susceptibles, parce que sensibles, mais susceptibles aussi de faire de grandes choses, et pour cela ils ont besoin de notre aide, de notre présence fraternelle ou paternelle. La jeunesse est belle et généreuse. J’en suis, à mon échelle, et humblement, le témoin.
Gaël Sachet, prêtre à Vitré